Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Au ras des mots.

Délecter l'essence des idées.

Hé ! Je me suis fait avoir.

Publié le 10 Avril 2017 par Eidict Louis

crédit GoogleCet après midi de février à port au prince, le soleil brillait contre son gré, sa candeur timide, tiède fait vite révéler une journée non réussie. Il est d'histoire que les haïtiens ont le sang chaud et que travailler sous un soleil de plomb augmente l'énergie au lieu d'en amoindrir. Certain en veut pour preuve, ces jeunes demoiselles à l'arrière pays au charme à troubler la vue, aux seins fermes et debout, de leur non chalance à cacher leurs parties intimes, faisant lessive en plein soleil où leurs énergies sont agrippés à ces refrains de jadis oubliés mais rappelant la vielle époque du vivre ensemble où le manger n'était encore ce luxe d'aujourd'hui.

Ouais ! Cet après midi, encore une déception venait me casser les pieds. Cette décision d'une ambassade à ne pas m'octroyer un visa, moi qui voulais entretenir avec, de l'autre côté du monde, cet ami mourant et qui voulait à tout prix me voir. En effet, Haïti est ce singulier petit pays où le refus d'un visa finit par faire fondre en larmes le demandeur, ignorant que c'est une courtoisie.

Malgré l'heure avancée, poussé par l'offense et l'orgueil, je décide de rentrer en province d'où je viens, en tout cas il ne me revenais pas à faire exception de cet adage qui veut que les campagnards ne tardent pas en ville. Vite je m'empresse. Mais dommage ces bus pour la plupart qui se vantent d'un minimum de confort sont tous déjà partis. Et faire demi tour était loin de ce à quoi je me préoccupe. L'essentiel est de rentrer et laisser derrière moi comme un vague souvenir cette histoire de visa et de port au Prince .

C'est alors que je songe au transport parallèle. Ces fourgons, dénommés pap_padap*, reconnus pour leur excès de vitesse qui, l'espace d'un cillement fouettent au parcours tout ce qui s'y trouve pour arriver à destination. Juché à l'arrière d'une moto tel un cavalier maladroit qui sera vite désarçonné, je voyais au coin de la rue ces mains balançant, eh voilà ! Le dernier.

Vite je prends un siège. Et cette demoiselle d'à côté. Dans la vingtaine. Qui, pour elle, je suis un cheveu sur la soupe, s'importune à mes moindres faits et gestes. Je n'ai pas usé patience en la criant dessus. Ce n'est pas dans mes habitudes mais hanté par la déception du visa puis ce fourgon où on est entassé comme des harengs en caque me tapent sur les nerfs. À vive allure et digne de son nom, le Pap_padap* se lance tel un lion affamé vers une proie dont l'adresse est aussi malicieuse. Je m'arrête un tant soit peu pour siroter une de ces blagues à l'idée d'évacuer l'affront du jour qui ne cesse de me hanter​. Elle, toujours à côté, difficile de briser la glace, de rompre le silence. Puisque trop sur d'elle, et les sueurs qui perlaient mon visage à l'entrée du fourgon m'a rendu l'air d'un vrai nègre des mornes. Jusqu'à cet appel qui allait tout basculer.

Oui. Un appel à l'invitation. Pas n'importe laquelle. Ce, pour la saint Valentin. À l'autre bout du sans fil, une demoiselle assez douée, l'intonation d'une voix valant l'appel d'un doux sommeil irrésistible, des tirades à n'en plus finir et sans hésitation les mots on dirait s'en donnaient à cœur joie. Les plus retentissants étaient : Voiture, argent, tenue de ville, Hôtel enfin une cohorte de mots qui rivalise avec classe. Pourtant Mes yeux ne cessent de flatter ses instincts de femme et mon intuition allait dire vrai. Soudain cette jolie photo arriva sur mon WhatsApp avec une sonnerie tout aussi particulière focalisant tous les regards vers moi. Tel un déclic sa grise mine se desserre et lance: <<Tu vas bien fêter la saint Valentin on dirait, en plus tu as une jolie femme, sûrement c'est elle qui t'attend>>.

J'étais un peu loin, préoccupé, foudroyé par la rage d'un silence qui me consumait, je n'ai jamais imaginé un jour ma tête d'amoureux aurait à bifurquer dans le sens de l'infidélité. Enfin. C'est à ce moment j'entends avec insistance les mêmes mots qui ne viennent de loin d'ailleurs. D'un sursaut, je réponds que oui mais au fond je me mentais à moi même. Un bon début pour entamer la conversation, sans se faire prier, les mots pleuvent, connaissance, échange de numéro etc... L'envie de flirter, mutuellement, était consentante. On a failli échanger un baiser, rien ne nous importe, on dirait des amoureux au printemps d'une relation à l'efflorescence.

Et voilà, le temps allait nous départager puisqu'on s'approchait déjà de la garre routière d'arrivée. Cependant elle a insisté pour que j'aille sur son compte Instagram dès mon arrivée. Mais entre temps, on se pare pour l'au revoir. Ne pouvant résister à son charme immaculé, ses lèvres pulpeuses, son postérieur redondant , ses cheveux lisses, sa couleur caramel je m'apprêtais à l'inviter à sortir pour un verre, chez moi ou peu importe l'essentiel était de continuer l'aventure. MAIS ce vehicule qui s'amène, vitre teinté, sans bruit, on dirait un de ces véhicules de parlementaire cupide, sans vergogne, grippe-sou, faucon. Je n'étais pas dupe, enfin presque, puisqu'au volant de ce véhicule immatriculé service de l'État, s'accrochait un Magistrat bien connu de la ville. Dans une étreinte, elle me disait au revoir. Sans appel depuis, introuvable, je me console uniquement de ces photos agaçantes, aguicheuses, excitantes sur son compte Instagram. Bon sang ! Je n'en reviens pas ! dans la vingtaine ? et elle flirte avec ce Magistrat aux cheveux cotons ! C'est alors que je me rendais compte de ce raborday* titré "Madan Papa"*. Je me suis fait avoir putain !

Al Eidict Louis.

Pap_Padap*: Fourgon utilisé pour le transport en commun à Haiti, reliant les villes de province à la capitale et reconnu pour leur excès de vitesse.

Raborday*: Rythme musical devenu populaire à Haiti et surtout reconnu par sa grivoiserie envers les femmes haitiennes.

Commenter cet article