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Au ras des mots.

Au ras des mots.

Délecter l'essence des idées.

Publié le par Eidict Louis
Publié dans : #photo, identité, Haiti.
Photo non filtrée
Crédit photo: Bel Pic Photography- Photo non filtrée

 

 

La facilité avec laquelle imprime une photo aujourd'hui était loin l'apanage des années 80 et 90. On se torturait pour la pose parfaite. Sur une banquette, au coin des arbustes, des fleurs, etc. Des poses d'une bizarrerie venue d'une planète jusqu'à date inconnue. Et ceci, sous les manèges d'un photographe qui, non sans peine se remue continuellement pour trouver l'angle idéal de peur de ne pas abuser de son film. Un vrai théâtre. Les habits du dimanche de fin d'année d'alors, du Nouvel an et d'anniversaire s'en souviennent. À cette époque, on mourait d'impatience pour avoir au final le résultat de la beauté éclatante de ces habits de première main si la photo n'était pas brûlée comme on disait à l'époque. Dieu seul était témoin de nos prières.

On n'était pas tous familier de cette tendance à côtoyer une caméra et se sent aussi à l'aise. Quand il s'agit de se poser, au niveau de la poitrine le cœur se met à jouer au tam-tam. Tout aussi valable pour le photographe. Puisqu'une fois le flash déclenché, on ne peut revenir en arrière. Chaque pose valait son pesant d'or. D'autant plus l'argent ne poussait pas sur les arbres. Tant pis si les yeux étaient fermés au moment du flash. Va falloir remettre à la prochaine.

2019. Autre temps autre mœurs. L'ère numérique s'installe définitivement. Personne n'ose imaginer sa vie en dehors du numérique. Elle deviendrait quasi invivable. Si bien que la personnalité virtuelle et la personnalité réelle se confondent à bien des égards. Donc si pour les générations antérieures la photo représentait ce luxe dont elles ne pouvaient s'offrir comme bon leur semble, elle est aujourd'hui pas même une formalité. Dès smartphones aux caméras professionnelles. L'espace d'un cillement, en veux-tu en voilà. Et on peut effacer à sa guise selon que la position, le goût ou une petite imperfection quelconque déplaît.

Cette possibilité conjuguée à la facilité des temps modernes conduit certaines fois à l'exagération. Si vraiment la photo imprime une copie du réel alors pourquoi la modifier ?

Non sans gêne, on assiste à l'invasion des photos filtrées. Ils font exception ceux là mêmes avant de publier une photo à ne pas la modifier. Alors le ridicule, c'est le fait d'être amis avec certains sur les réseaux sociaux partageant des photos à longueur du temps et qu'on se croise presque tous les jours dans les rues en parfait inconnu. Cela dit, l'écart entre la personne réelle et les photos publiées est inimaginable à force d'être différentes sous l'effet des filtres. On a tous froidement fait l'expérience.

Cette manie ou cette attitude de filtrer les photos à tout bout de champ révèle un déni d'identité. Un refus d'acceptation de soi. Un égo démesuré de vouloir ressembler à un modèle de beauté imposée. Une ambition de se faire accepter autrement. Une réalité qu'on veut masquer à tout prix en améliorant le paraître. Une comédie des apparences pour mieux cacher l'inconfort l'impuissance à exister pour de bon. Une lâcheté.

Le fait de vouloir être dans la peau d'un autre ralenti tout effort de prise de conscience de soi. Donc, toute quête pour une amélioration des conditions d'existence non matérielles se trouve cloîtrée dans l'abîme de l'ignorance. Cela dit, modifier ou filtrer des photos c'est ne pas s'accepter soi-même.

Eidict LOUIS.
 

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