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Au ras des mots.

Au ras des mots.

Délecter l'essence des idées.

Publié le par Eidict Louis
Crédit photo : dreamstime.com

"Après le séisme du 14 aout 2021 qui a mis le grand sud à genoux, les aides sont venues de toute part. Certains utilisent ce couloir pour façonner leurs images sous prétexte qu'ils aident et d'autres pour augmenter leur captital social ou politique." 

 

 "S.O.S" et "APPEL A L'AIDE" sont les mots les plus utilisés sur les réseaux dans le contexte de l'après séisme du 14 aout 2021. Le sinistre sur son parcours a frayé un chemin vers la tombe à plus de 2000 vies. Des blessés en quantité considérable ; on parle de trentaine de millier. Une frange dénuée de toit pour s'abriter des pluies et dormir en paix grossit le spectacle. L'évènement suscite tellement d'émotion que quiconque ne saurait rester insensible. D'où l'intérêt manifeste de chaque âme vivante d'afficher reconnaissance à la vie. Témoin de cette catastrophe, un élan de solidarité se dégage entre haïtiens en dépit d'une société minée par la haine de l'autre. Cependant il revient à questionner l'euphorie que suscite l'état d'esprit de l'entraide. 

 

Si le souci premier est de partager, il n'en est pas moins douteux que derrière le geste si noble se cache des intentions tout aussi ombrageuses. Aider un proche dans le besoin suffisait à lui-même d'en dégager l'humanité enfouie au plus profond de notre être. Et l'étiquette qui permet à chacun d'entre nous de se revendiquer humain trouve son bon aloi. Tout autre prétexte s'inscrit dans une dynamique d'égocentrisme. Dommage, on le vit à présent. Jusqu'ici, on ne sait quel motif animé par certains donateurs ou bienfaiteurs mais on peut sentir à distance cette motivation qui ne dit pas encore son nom en dehors de la sensibilité affichée à l'égard des victimes du séisme. Outre les photos d'une portée grotesque dans lesquelles brandissent des sachets ou des kits tenus par un bienfaiteur, jamais aussi heureux une fois dans sa vie que la circonstance lui en offre, les textos qui les accompagnent sur les réseaux sont d'autant plus minables et rabaissants.

 

Jamais personne ne souhaiterait vivre dans le manque ou dans l'assistance. Encore moins les haïtiens et doublement ceux-là qui vivent en milieu rural. Puisqu'en réalité ces dépendances créées une malaise et rendent vulnérable ces gens de l'arrière pays pour qui la honte se range toujours et encore dans la boite aux qualités humaines. "La façon de donner vaut mieux ce que l'on donne", selon leur appréhension. Donc faire ostentation de ces miettes en prenant des photos extravagantes et provocatrices nuisent à leur dignité et leur santé mentale. 

 

Il est certain que bon nombre d'entre ces  pseudo-bienfaiteurs refuseront de voir l'indecence avec laquelle ils abordent la question ou ils sont trop occupés à saisir l'opportunité pour une quelconque visibilité qui pourrait les aider dans un futur proche à gravir l'ascenseur social ou politique. Qui sait !  Ils sont partout ces fossoyeurs et rapaces qui n'attendent que le moment propice afin de dépecer une proie facile et vulnérable en totale décomposition tel un charognard à l'estomac creux.
Évidemment, le milieu rural est ce terreau propice à l'émergence de ces énergumènes. Fouettés par la misère et la déficience en éducation, ces pauvres gens sont incapables de flairer à l'aune du discernement le citoyen qui veut vraiment aider sans contrepartie du vagabond lambda qui cherche à s'en sortir à partir de cette mauvaise fortune sous prétexte d'un accompagnement social. 

 

Ici on vit dans le déni et dans l'imbroglio le plus total. Tout n'est que confusion. On ne sait qui fait quoi encore moins l'intention. On exploite. on exploite l'ignorance de l'un, la crédulité de l'autre aussi bien que sa précarité et on se prend pour un héro, un sauveur, un dieu, un roi fier de sa couronne et de ses realisations fallacieuses dans un coin de terre en détresse. Le problème n'est pas que le fanfaron qui se vante en Super Man mais l'innocence de ceux qu'il altère.

 

En dépit des malheurs, des dégénérés cherchent toujours des opportunités même au détriment des victimes. L'on constate avec stupéfaction le nombre d'entre ces (bienfaiteurs) qui se préoccupent davantage de leur image que la pitance qu'ils partagent. En fait, d'aucuns ne seraient aussi disgracieux d'avancer dans le sens que leurs contributions ne valent pas. Bien au contraire. Noyés dans l'incertitude et la misère, ces gens ont vu leur monde s'effondré en quelques secondes, donc le plus petit geste compte. Cependant quand un quidam se fait la mesure de se hisser au delà du geste symbolique façonné par l'instinct du vivre ensemble ;  il perd l'essence de ces qualités humaines et se range parmi les créatures innommables. 

 

Eidict Louis.

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